dimanche 3 juillet 2016

Pier Paolo Pasolini



Destitué de mon autorité, auteur
qui n'est plus indispensable, chargé
de poésie sans être plus poète,
(la condition de poète cesse
quand le mythe des hommes
déchoit... et les instruments sont autres
pour communiquer avec ses pareils... d'ailleurs
mieux vaut se taire, en préfigurant,
dans un désœuvrement narcissique, la paix dernière)
- je suis de nouveau au chômage, moi,
un garçon aux mauvaises et naïves lectures
qui écrit par vengeance (contre lui-même)
et offre un corps de martyr aux indifférents.

*

Bibliographie



Poésie en forme de rose, éditions Rivages poche, 2015



La rage, éditions Nous, 2014

jeudi 31 décembre 2015

Tu sais quoi ?





Tu sais quoi ?

On pourrait aller voir de l'autre côté, et se raconter plein d'histoires, de belles histoires, pas de ces histoires moches qui font pleurer...

On pourrait aller voir vers la lumière, et puis on serait complices d'autres jours, d'autres rires, d'autres tendresses.

On pourrait s'en aller tous les deux, et distribuer de la tendresse partout et surtout là où elle manque, terriblement.

Tu sais quoi ?

On pourrait même tenir compagnie aux mésanges qui viennent si près de la fenêtre que tes moustaches en frémissent.

Et puis on s'envolerait sur un vol de bisous, rien que pour installer la paix et l'amour sur le trône de l'an...

Ce serait quand même bien beaux moments qu'on pourrait distribuer comme cadeaux, sans rien souhaiter d'autre que de vivre heureux...

Xavier Lainé

29 décembre 2015

dimanche 22 novembre 2015

Ecrire pour ne pas fuir

A propos du livre de Niroz Malek, Le promeneur d'Alep, éditions Le serpent à plumes 2015



Tout le monde ne peut être Niroz Malek écrivant sous les bombes, à Alep.
Mais tout le monde devrait lire Niroz Malek pour comprendre que tout le monde ne peut demeurer sous les bombes et écrire.
Que, parfois, il devient urgent de fuir.
D'ailleurs, qui me dit aujourd'hui que Niroz Malek n'a pas été contraint, lui aussi, de s'échapper à cet enfer ?

Car d'Alep il ne reste plus qu'une ombre, il semble bien. Et la mise à mort de ce lieu là signe en quels territoires d'inhumanité nous sommes entrés depuis les premières bombes sur Bagdad, en deux mille trois.

Dès la première lueur phosphorique, en cette aube funeste, il fallait voir, au-delà, le symbole lancé comme stade ultime du capitalisme libéral avancé : le chaos et le choc pour toute culture, rasant tout sur son passage au mépris de la mémoire et des nécessaires vertus culturelles.
Les enfants, les monstres libérés par ce choc poursuivent leur route, rasent et pillent, violent et assassinent, sèment partout leur terreur aveugle.

Et il faut s'appeler Niroz Malek et être encore digne de beau mot d'humain pour écrire de cet enfer : « J'ai cessé d'écrire quand m'est parvenu au loin le bruit d'un avion. Le cœur serré, je me suis demandé : Quelle sera la cible ? »

Nul ne peut comprendre les fuites éperdues et le long cortège de leurs victimes s'il ne lit Niroz Malek.


© Xavier Lainé, Manosque, 22 novembre 2015

dimanche 27 septembre 2015

Lettre sans correspondance 5




Je ne m'étendrai pas. Tandis que sur scène vous causiez (mais de quoi donc?), notre petit noyau solidaire tentait d'inscrire sa démarche dans la durée.
C'est pas facile de durer. C'est pas facile de vivre : faudrait être à la fois dans cette intensité servie à domicile, disponible pour famille et amis, ne rien lâcher de ce qui vous alimente, donc travailler toujours plus pour toujours moins, faire les courses, entretenir la maison, accompagner les enfants ici et là, écrire, réfléchir, lire, lire, lire...
C'est pas facile de vivre. On est toujours déchiré entre quelque chose et autre chose. Puis on s'assoit sur le bord du chemin, avec le regret de voir la retraite s'éloigner toujours, tandis que d'autres...
Mais sans jalousie aucune, hein ! T'avais qu'à pas naître après les trente piteuses.
T'avais qu'à pas...
Et tandis que vous causez, suis là à me demander ce que pourrait être ma ville et ma vie si...
Si on n'crevait plus devant ma porte, si des mains fébriles ne se tendaient plus dans la rue Grande, chaque samedi, si le gite de nuit était enfin vide, et si nous faisions quelques petites choses pour tous les humains en errance, en déshérence, en partance et qui n'arrivent plus jamais nulle part puisque le monde s'enferme dans les barbelés de sa défunte mémoire.
Robert Antelme1, vous avez lu ?
A sa lecture me suis dit que nous avons atteint l'idéal du monde tel qu'il fut rêvé dans les camps : même plus besoin de barbelés, on te les colle en dedans, et tu peux voir des êtres partir en lambeaux sur les routes désespérées, il se trouve toujours un festival pour détourner ton attention et te ramener gentiment, comme le chien son troupeau, dans le droit chemin de tes étroits égoïsmes.

Mais peut-être je lis trop. Peut-être.
Peut-être je rêve trop. Peut-être.

Je me fais mon festival de mot douze mois sur douze et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Comme vous je cause. Je tente de comprendre, et puis j'écris des textes sans importance, puisqu'on crève toujours autant un peu partout.
J'voudrais faire mon festival de rêves qui se réalisent. Et ne plus me réveiller matin avec cette amertume de vivre dans un grand écart permanent entre ce que je dis, écris, et vis. Mais pour ça faudrait seulement qu'on rallume les lumières et que, juste un peu, je n'ai plus cette sale impression, en venant vous écouter, que mon attention se trouve détournée de l'essentiel : la mort d'un homme qui ne demandait qu'à vivre est toujours une mort de trop.

J'ai beau lire, c'est ce cri là que je lis et qui traverse les siècles. Ma généalogie se tisse dans l'errance et le métissage. Elle ne me pose aucune question, sinon qu'elle m'impose de participer à la construction d'une littérature qui ne fait pas semblant d'ignorer ce qui se trame par-delà la couverture où elle rêve.

28 septembre 2015

Xavier Lainé

Post scriptum : quelques extraits de Robert Antelme peuvent être lus ici : http://lesnourritureslivresques.blogspot.fr/2013/07/robert-antelme.html



1 Robert Antelme, L'espèce humaine, éditions Gallimard, collection Tel

samedi 26 septembre 2015

Lettre sans correspondance 4





Rien vu non plus, sinon place vide à l'heure de proclamer poèmes écrits de mains presque anonymes, sur le Radeau des médusés1.
Place presque vide à l'heure où vous faisiez la sieste, tandis qu'ailleurs...
J'hésite encore à tremper ma plume dans le vinaigre.

Une venait, un peu étonnée de découvrir Manosque sous le jour de son étroite bourgeoisie. Et je riais de son étonnement : une si jolie petite ville sans histoire !
Tellement qu'elle s'étonne elle-même de recevoir presque sans rien faire, sinon larguer subsides, le gratin d'une rentrée littéraire plus à l'aise entre les pages des médias à la mode.
Mais comment donc, vous rentrez ? C'était donc que vous étiez sortis ?

Dois-je avouer ne pas avoir à subir ces affres puisque ne m'en sors jamais. M'arrive bien plus souvent de râler (hé oui, encore!) après ce temps inventé pour m'empêcher de faire et écrire tout ce que ma tête ne cesse d'inventer !
Ne m'en sors jamais.
Et le plus souvent écris et lis dans ce no man's land où poésie n'a plus d'espace. Plus d'espace pour dire ce qui me glace le sang, ce qui me tire les larmes.
Les journaux et informations (est-ce bien le mot?) en disent tant, à l'heure du déjeuner, en montrent tant, à l'heure du dîner, que poésie devrait proposer autre chose : compter fleurette insouciante, à l'ombre des jeunes filles en fleurs, peut-être. Mais même l'ami Marcel Proust, au fond, ne faisait que dénoncer l'artifice de cette bourgeoisie triomphante et qui ne cesse de remporter ses victoires sur l'immense peuple des dépossédés, masquant sa violence d'une pudique culture.

Ne m'en sors jamais, parfois me contredit. Parfois me faut m'excuser de m'être un peu emporté. On ne vit pas avec passion sans quelques dommages collatéraux (ils sont dans l'air du temps, ceux-là ; et j'ose espérer ceux provoqués par mes mots moins violents que d'autres dont le monde abonde).
Suis quand même entré chez ma libraire qui comme toutes les libraires a un tout petit rayon de poésie, et comme sa librairie est toute petite, le rayon mesure un mètre, en allant vers l'alcôve (j'aime bien, cette idée : les vers se lisent désormais ainsi, chuchotés en des lieux discrets, tandis qu'éclate au grand soleil la littérature spectacle).
Je suis entré, et ressorti, le porte-feuille délesté mais la besace pleine : Boualem Sansal et son « 2084 »2, pas invité aux réjouissances, Matthew T. Kapstein et ses « Tibétains »3, pas invité non plus, et Patrick Boucheron en compagnie de Mathieu Riboulet, invité, lui, avec « Prendre dates »4. Va me falloir un jour envisager de pousser les murs...

Ne m'en sors pas, vous dis-je !
Puis voilà que j'aperçois, là, devant moi, Isabelle Alentour5, en chair et en os, que je ne connaissais que de très médiatique façon. Et ce fut comme si nous nous connaissions de toujours.
Peut-être, finalement, ne suis-je pas le sauvage que je voudrais paraître.
Notre participation commune au Radeau nous rapproche un instant, nous sommes de ce monde qui écrit dans la marge, et la marge bientôt tiendra toute la place, à force de miser sur autre chose que la littérature.
Je l'ai profondément déçue, Isabelle : elle s'attendait à un type aigri, replié, en colère permanente. Je l'ai déçue. Tant pis pour elle : rien à voir, circulez, je ne suis que le reflet des aigris qui peuplent cette ville, repliés sur eux-mêmes au point de râler contre ces empêcheurs de penser en rond qui occupent la place Saint Sauveur depuis trois jours ! Un reflet, ça ne fait pas une personne, et si souvent nous y sommes réduits, faute de ce lien qui nous tisse en humanité quand le seul spectacle nous en éloigne.
Puis je me retourne, et qui je vois ? Sonia Chiambretto, dont « l'état civil »6 traine sur mon bureau depuis longtemps. Je lui dois des excuses, à Sonia. Nous nous connaissons depuis si longtemps et je lui en ai tellement voulu que nous puissions nous croiser dans la rue sans le moindre signe de reconnaissance (ce que j'avais pris pour un geste de suffisance).
J'avais mal compris, tant l'appel à ce qu'elle lise ses propres textes avait été lancé du fond du cœur ! Nous nous sommes retrouvés sur la même longueur d'onde : celle de l'auteur qui se fond derrière son œuvre, fuyant la galère d'un monde éditorial dont la seule boussole se tourne vers le Nord glacé du rapport financier.

Et puis je suis rentré, avant que ma tribu ne vitupère trop. Je suis rentré, puisque, pour une fois, j'étais sorti, et c'est au crépuscule que mes voisins se sont étonnés que mon Autre lieu7 ne soit inscrit en rien dans ce grand chambardement.
Qui sait s'il ne faudrait pas, finalement, chercher à en être, et ouvrir ma porte au monde singulier des écrits souterrains...

27 septembre 2015

Xavier Lainé

2 Boualem Sansal, 2084, La fin du monde, éditions Gallimard collection Blanche
3 Matthew T. Kapstein, Les tibétains, éditions Les belles lettres
4 Patrick Boucheron, Mathieu Riboulet, Prendre dates, éditions Verdier
5 Il faudrait qu'un éditeur se penche sur son ouvrage autoédité sous son nom, avec des photographies de Zaspi : Isabelle Pellegrini, Parenthèse(s), introuvable comme de bien entendu...
6 Sonia Chiambretto, Etat civil, éditions Nous

7 L'autre lieu : http://autrelieu.blogspot.fr 

vendredi 25 septembre 2015

Lettre sans correspondance 3





Je ne peux pas vivre sans livres, sans me livrer au délice de ces mots qui dansent sur des pages, sans l'odeur du papier dans mon antre surchargée.

J'ai vécu très longtemps sans jamais rencontrer un « auteur ». Je n'imaginais d'ailleurs absolument pas qu'ils puissent avoir une existence concrète.
Sauf que parfois, encore aujourd'hui, ils sortent, nuitamment, de mes rêves et viennent chatouiller ma mémoire, me contraindre à reprendre mes lectures interrompues, en de longues insomnies.

J'ai ainsi croisé les illustres de mon panthéon, parfois tombant sur quelque biographies qui alimentent mes songes.
Parfois aussi, m'en voulant un peu de ce voyeurisme, j'entre dans leurs correspondances, m'imagine que leurs lettres me sont adressées et me mets à répondre, sans souci du temps ni de l'espace qui nous sépare.

Je garde un souvenir tellement intimidé des premières rencontres littéraires. Je ne dirai pas leur nom, et parfois je suis resté tellement réservé qu'il me fut impossible d'attirer leur attention.
J'ai une peur panique de paraître présomptueux, en étalant ce que je sais faire de mieux, écrire et, surtout, lire.
On me pousse pourtant, ici ou là, à franchir le Rubicon, mais jamais je n'ose et mes tiroirs débordent d'un flot dont mes successeurs auront à se débarrasser.

D'autres me disent que c'est par frustration que je critique cette grand-messe de rentrée, mais non, ils se trompent, c'est que je suis sans cesse la proie de mes doutes, que je ne suis sûr de rien et qu'à chaque livre ouvert, je mesure d'avantage la distance qui me sépare de ce que je voudrais encore écrire.
Je me retourne alors vers mes pages et d'un geste rageur, parfois, les déchire, ou les efface de mon écran. Si souvent j'eus à supporter l'intraitable jugement « peut mieux faire » sur mes copies que l'étiquette me colle à la peau.

Si aujourd'hui je jette mes bouteilles à la mer, c'est que l'écran me permet ce que le réel ne m'autorise pas : montrer mes mots et, si rougeur me monte au front, nul n'en est jamais témoin.
Je peux jeter ici mes poubelles de mot et marcher dans la rue sans faire état de cette tare d'écrire qui ne me lâche pas. Je peux me fondre dans le décor de ma ville, et n'être rien de plus que tous les passants anonymes.

Je ne demande plus rien depuis si longtemps qu'à voir ces « auteurs » parler de leur vie d'auteur, de leur désirs d'auteur, du pourquoi du comment qui guide leur écriture, moi qui ne sait que chercher sans jamais trouver, je reste stupéfait.
Gide me prend par la main pour passer la porte étroite du silence, à Giono je préfère celles et ceux qui tracèrent leur chemin de mots dans son ombre, parfois je reste en arrêt sur les vôtres, vous qui venez ici vous montrer, mais, rien que de vous voir, j'ai envie de fuir tant ma déception est grande.
Vous ressemblez si rarement à ce que vos ombres montrent, lorsque nuitamment, pour ne pas déranger la maisonnée, je me réfugie dans les lumières tamisées de cette pièces dont vous êtes les rois !

Hier donc, je n'ai rien vu. Il me fallait accompagner à voix commune une amie trop vite partie ; puis ouvrir ma porte comme chaque jour aux souffrances particulières et répandues que ce temps lègue. Et ce fut comme si mon monde quotidien ne pouvait croiser le votre, éphémère, qui pourtant me soutient. Nous ne nous croisons qu'à l'horizon des livres.

26 septembre 2015


Xavier Lainé

jeudi 24 septembre 2015

Lettre sans correspondance 2





Je regarde sur face de bouc le parterre de têtes chenues présentes pour l'inauguration. Etrange comme cette génération des trente glorieuses (ou piteuses) a su s'approprier tout un monde hérité de la bonne bourgeoisie industrielle !
Relisez donc Zola, et vous verrez les travers de ce monde, inchangé sinon par une démographie galopante qui après mai, vient s'asseoir sagement écouter journalistes et auteurs mener leur psychanalyse publique.

Je me suis donc arrêté un instant, carnet sur la table et stylo prêt à bondir.
L'écriture de Carole Martinez1 m'invitait à prendre ce temps d'écoute.
Me voilà donc à la fois subjugué et compatissant. Quelle horreur ce doit être de devenir un « auteur ». Franchement, je trouve le retrait bien plus confortable, au moins, il n'oblige pas à expliquer le pourquoi du comment d'une inspiration !
Elle ne m'a pas déçu, Carole, du tout, j'ai même retrouvé à l'écouter des réminiscences de ces sentiments que son écriture avait fait jaillir, dans le silence de mon bureau.
Mais voilà, j'aurais aimé qu'on lui foute la paix. J'aurais aimé qu'elle se contente de lire des passages de son travail avec son émotion dans la voix et rester ignorant de ce qui, en elle, a permis ce jaillissement. J'aurais aimé lire et relire (ce que je ferai), rien que pour voir la lumière d'Esclarmonde ou de Blanche errer entre les rayonnages de ma bibliothèque.

Deuxième jour, et je demeure atterré.
C'est quoi un écrivain ? A partir de quand mérite-t-il ce statut ronflant dans la bouche d'un public ?
Etre écrivain, est-ce se faire devoir de passer sous les fourches Caudines d'une célébrité médiatique dont on sait qu'elle ne peut être qu'éphémère ?
N'est-on écrivain qu'à partir du moment où Gallimard a décidé de te reconnaître parmi les siens ?

Ecrire c'est un acte secret et combien n'ont cessé de noircir des pages sans que rien, de leur vivant, ne laisse soupçonner cet envahissement ?
Combien donc d'écrivain n'eurent (et n'auront) reconnaissance de ce statut qu'une fois six pieds sous terre ?

Dans cette société où tout fait spectacle, le meilleur comme le pire, je regarde avec effarement cette agitation aux antipodes de ce silence nécessaire au jaillissement de la source intarissable.
Ecrire ne donne rien de plus, et je n'en ai rien à faire qu'un René Frégni soit allé chez ses amis, écrire un mot. Savez-vous combien en écrivent de bien plus beaux en secret.
Je n'en ai rien à faire du talent de Sonia Chiambretto qui viendra lire « ses » textes demain : je lui préfère la discrétion militante d'un Erri de Luca, celle, bien obligée d'un Faraj Bayrakdar oublié, et de tous ces simples écrivains qui ont contribué au Radeau des médusés2, loin des flon-flons admiratifs d'une foule captive.
Ce fétichisme de l'auteur m'est insupportable.

25 septembre 2015

Xavier Lainé

1 Carole Martinez : Le cœur cousu (Folio), Du domaine des murmures et La terre qui penche (Gallimard collection Blanche)